:El Desdichado:

Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l 'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.
(...)
Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Gérard de Nerval

 

Malheureux peut-être l'homme, mais heureux l'artiste que le désir déchire!

    Je brûle de peindre celle qui m'est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit. Comme il y a longtemps déjà qu'elle a disparu!

    Elle est belle, et plus que belle; elle est surprenante. En elle le noir abonde: et tout ce qu'elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l'éclair: c'est une explosion dans les ténèbres.

    Je la comparerais à un Soleil noir, si l'on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur.

Baudelaire

 

Là, sombre et s’engloutit, dans des flots de désastres,
L’hydre Univers tordant son corps écaillé d’astres;
Là, tout flotte et s’en va dans un naufrage obscur;
Dans ce gouffre sans bord, sans soupirail, sans mur,
De tout ce qui vécut pleut sans cesse la cendre;
Et l’on voit tout au fond, quand l’oeil ose y descendre,
Au delà de la nuit, et du souffle et du bruit,
Un éternel Soleil noir d’où rayonne la Vie!

d'après Victor Hugo